ALLOCUTION | Martin Roussy, directeur Musée de la Gaspésie
Bonsoir à toutes et à tous,
C’est un grand plaisir de vous accueillir ce soir au Musée de la Gaspésie pour le vernissage de l’exposition Aube sur le plissement de l’écorce de l’artiste Anne Chantal Lagacé.
Depuis quelques années, le territoire occupe une place de plus en plus importante dans les recherches en histoire, en patrimoine et même en sciences sociales. Pendant longtemps, l’histoire s’est surtout construite autour des grands événements, des figures marquantes ou des décisions politiques. On racontait l’histoire des gouvernements, des guerres, des institutions ou des grandes dates.
Aujourd’hui, le regard a beaucoup changé.
Les chercheurs et les chercheuses s’intéressent davantage à la manière dont les humains habitent les lieux, transforment les paysages et développent des liens affectifs, économiques et culturels avec leur environnement. On comprend de plus en plus que le territoire n’est pas seulement un décor dans lequel l’histoire se déroule. Le territoire devient lui-même une source d’histoire. Il conserve des traces, des usages, des tensions, des mémoires et parfois même des blessures.
Quand on regarde un paysage, on ne regarde pas uniquement la nature. On regarde aussi des siècles d’occupation humaine, des choix économiques, des déplacements de population, des rapports de pouvoir, des héritages familiaux et des transformations sociales.
Et cette manière de réfléchir au territoire est particulièrement forte ici, en Gaspésie.
Parce qu’ici, le territoire influence profondément notre manière de vivre. Il façonne nos villages, nos déplacements, nos métiers, notre rapport aux saisons, à l’isolement, à la mer, à la forêt et même au temps lui-même. Le territoire fait partie intégrante de notre identité collective.
L’exposition d’Anne Chantal Lagacé s’inscrit avec beaucoup de sensibilité dans cette réflexion contemporaine.
À partir d’une rencontre avec les formations géologiques de Grande-Vallée, l’artiste développe une démarche qui questionne notre manière d’occuper les lieux, de les transformer et de nous y ancrer.
Les petites maisons blanches qu’elle installe temporairement dans les paysages deviennent des symboles simples, mais extrêmement évocateurs. Elles parlent à la fois d’enracinement, de mémoire familiale, de colonisation du territoire, de présence humaine et des transformations que nous imposons aux milieux naturels, parfois sans même nous en rendre compte.
Ce que je trouve particulièrement fort dans cette démarche, c’est qu’elle nous pousse à réfléchir à l’échelle humaine. Ces micro-installations paraissent presque fragiles face à l’immensité du paysage gaspésien. Pourtant, elles suffisent à modifier notre regard. Elles nous rappellent que même les gestes les plus modestes laissent une empreinte sur le territoire.
Et cela rejoint profondément la mission de notre musée.
Comme institution muséale, notre rôle n’est pas seulement de préserver des objets ou de raconter le passé. Notre rôle est aussi d’aider à mieux comprendre les relations entre les personnes, les communautés et les territoires qu’elles habitent.
Le patrimoine ne vit pas uniquement dans les archives ou dans les vitrines. Il vit aussi dans les paysages, dans les usages du territoire, dans les mémoires familiales, dans les traces discrètes laissées par ceux et celles qui nous ont précédés.
Cette exposition nous invite justement à porter un regard plus attentif sur ces liens parfois invisibles entre le territoire, la mémoire et l’identité.
Je tiens à remercier chaleureusement Anne Chantal Lagacé pour cette exposition à la fois poétique, actuelle et profondément ancrée dans les enjeux de notre époque, ainsi que toute l’équipe qui a contribué à sa réalisation et à sa présentation ici.
Martin Roussy
LE PROJET
Aube sur le plissement de l’écorce naît en 2021, à partir de la découverte de la formation géologique de Cloridorme en Haute-Gaspésie, dont la morphologie stratifiée et la singularité fractale déclenchent une exploration artistique sur l’évolution et la transformation des territoires. Le projet questionne la représentation des espaces naturels, les manières de les fréquenter et les raisons qui nous poussent à nous y établir.
Deux ancrages structurent le projet : la survivance, liée à mon grand-père défricheur et cultivateur dans la vallée de la Matapédia, et la croissance, qui concerne le morcellement contemporain des terres et l’intensification de la présence humaine. Ils convergent vers une question centrale : Comment les territoires sont-ils habités, transformés et perçus aujourd’hui ?
Le geste artistique consiste à déposer de petites maisons blanches d’un pouce carré dans des environnements naturels. Discrètes et éphémères, elles deviennent un repère symbolique pour réfléchir aux formes d’occupation. Retirées après documentation, elles affirment une démarche de cohabitation. Sur cinq ans, le projet invite à considérer le territoire comme un espace partagé, à préserver et à respecter.
Corpus des oeuvres du projet
– Publication : livre d’artiste présentant le processus du projet et une sélection d’oeuvres photographiques.
– Oeuvres photographiques (2021, 2022, 2023, 2024) , fichiers numériques imprimables en divers formats.
– Oeuvres collages photographiques sur bois.
– Sculptures autonomes petits formats, réalisées à partir de roches naturelles.
– Installation artistique participative, grand format (3D).
– Installation artistique murale, grand format.
– Vidéo artistique
– Éléments naturels divers cueillis sur des sites.
DIFFUSION
2026 : Musée de la Gaspésie du 21 mai au 22 novembre 2026.
2023 : Maison des étudiants canadiens (MEC), Cité internationale universitaire de Paris : présentation d’une sélection d’œuvres photographiques et réalisation de deux installations artistiques.
2023 : Parcours photos Sherbrooke, Sherbrooke : présentation d’une sélection d’oeuvres photographiques sur un dispositif en plein-air au parc Jacques-Cartier.
Oeuvres sélectionnées 2021, 2022
Oeuvres : Aube-sur-mer, Aube station
2022 | Aube en forêt boréale – Parc National de Forillon, Gaspésie
Essais en résidence autonome Timber Point Park, Maine, États-Unis
En 2024, je me suis accordé un temps de création sur la plage au Parc national Timber Point ainsi qu’au Parc national Popham Beach, dans l’État du Maine (USA). J’y ai réalisé des installations éphémères in situ, mettant en scène des maisons miniatures déposées sur le sable et les roches révélées par la marée basse.
© Anne Chantal Lagacé – Tous droits réservés.