Projet | Prendre champ

Sur « le pré des moutons », ainsi nommé par la propriétaire des terres, le champ grouille de vie. Chevreuils, ratons laveurs, oiseaux, insectes et fleurs sauvages y cohabitent dans un écosystème qui se régénère au fil des saisons. C’est dans ce milieu vivant que j’ai choisi d’intervenir en posant un geste volontaire d’appropriation : agir symboliquement comme propriétaire.

J’ai d’abord tracé une voie d’accès en tondant un axe à travers les herbes longues, ouvrant le champ vers un point au fond du terrain. Puis, un carré de 12 mètres par 12 mètres a été délimité par des piquets et tondu mécaniquement. À l’intérieur, j’ai dessiné au sol, à l’aide de cordes tendues, le plan fictif de ma maison — cuisine, salon, chambre — inscrivant une architecture invisible dans le paysage.

Ces gestes ont eu des impacts tangibles : végétaux écrasés par le tracteur, habitats perturbés, cycles interrompus. La simple délimitation a transformé un espace vivant en lot projeté. L’installation d’une chaise et d’un parasol au centre du carré a accentué ce basculement : le pré devenait cour, le champ devenait « chez-moi ».

En invitant des visiteurs à réfléchir sur place, l’installation s’est prolongée dans la discussion : nécessité de se loger, désir de propriété, équilibre fragile entre habitation et préservation. Prendre champ rend perceptible le moment où imaginer habiter suffit déjà à transformer un écosystème.

Vue aérienne – images par drone : Droits réservés : Sébastien Pomerleau