Projet | Degré zéro

Projet | Degré zéro

Ce projet interroge la conquête des milieux naturels par les premiers humains traversant un territoire sauvage. À partir de quel moment un espace végétal est-il altéré par une présence humaine ? Quel serait le degré zéro de l’occupation — ce point minimal où l’on passe de la simple traversée à l’appropriation symbolique d’un lieu ?

L’intervention repose sur un geste élémentaire. Quatre arbres d’un sous-bois sont reliés par une corde tendue, dessinant un carré de 400 pieds carrés. Aucun sol n’est modifié, aucune matière n’est prélevée ; seule une ligne est tracée. Cette délimitation fragile agit comme une frontière abstraite, un acte d’arpentage qui désigne un « espace occupé ».

Sur l’un des côtés de vingt pieds, un tissu est suspendu à la corde à l’aide d’épingles à linge. Cette surface souple forme un plan vertical : rideau, paroi, façade provisoire. Le carré devient alors l’esquisse d’un habitat. Le tissu, visible au loin, se meut doucement avec la brise. Son mouvement suffit à évoquer une présence humaine.

La corde rappelle le geste de mesurer, de clôturer, de diviser. Le tissu évoque la corde à linge — signe discret d’une vie domestique. Ensemble, ils instaurent un territoire sans l’occuper matériellement. L’installation rend perceptible ce seuil fragile où le paysage cesse d’être seulement traversé pour devenir mentalement habité.